Une aide technologique pour écrire plus et mieux

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Montréal – Brigitte Stanké, orthophoniste doctorante, utilise le logiciel d’aide à la rédaction WordQ auprès d’élèves ayant des troubles d’apprentissage, comme la dyslexie, la dysorthographie ou la dyspraxie. Cet outil technologique peut aider un élève en difficulté à obtenir son diplôme du secondaire, et ainsi prévenir le décrochage scolaire.

« Au bout du compte, il vaut mieux avoir l’outil pour faire [de l’élève] un adulte fonctionnel plutôt qu’un futur illettré ou décrocheur », soutient Mme Stanké. En effet, « plus de la moitié des décrocheurs ont des difficultés d’apprentissage au primaire », signale-t-elle.

Mme Stanké regrette que plusieurs jeunes en difficulté d’apprentissage n’obtiennent pas leur diplôme du secondaire en dépit de la disponibilité d’aides technologiques. Le but ultime de l’éducation est de « rendre l’élève autonome et fonctionnel ». « Quel que soit le moyen utilisé pour parvenir à écrire un texte cohérent et sans fautes », il vaut mieux utiliser ces outils que de laisser un élève échouer, croit-elle.

Mme Stanké emploie surtout le logiciel WordQ. Lors de ses douze années de pratique à la Commission scolaire de Montréal, elle l’a utilisé avec des élèves en fin du primaire. Elle a aussi travaillé pendant plus de trois ans à l’école privée Vanguard auprès d’élèves du secondaire présentant une dyslexie-dysorthographie.

WordQ est un logiciel d’aide à la rédaction (prédiction de mots et synthèse vocale) à utiliser simultanément avec un logiciel de traitement de texte standard. Des utilisateurs de tout âge ayant des difficultés de rédaction peuvent s’en servir.

Dans un premier temps, la prédiction de mots « anticipe l’orthographe des mots que l’enfant est en train d’écrire ». L’enfant doit choisir le bon mot parmi la liste de mots proposés. « WordQ réduit l’exposition à l’erreur », affirme Mme Stanké. Or, « la recherche montre que, plus on est exposé à l’erreur, moins on acquiert l’orthographe lexicale », avance-t-elle.

En second lieu, la synthèse vocale relit à voix haute les mots écrits. L’élève peut alors se rendre compte de certaines erreurs grâce à cette rétroaction verbale. Attention cependant, le logiciel lit tel quel ce qui est écrit (exemple : cadeau = cado).

« C’est un outil très utile pour les élèves dyslexiques ou dysorthographiques. » Mais, aussi pour les élèves dyspraxiques. « L’enfant dyspraxique a beaucoup de mal à planifier un mouvement moteur. Avec le logiciel, il doit juste effectuer un geste très simple, comme appuyer sur une touche », explique Mme Stanké.

La recherche montre que WordQ « améliore l’orthographe, la production écrite et la compréhension de texte », affirme Mme Stanké. De fait, elle constate une « différence marquée » chez des élèves qui l’utilisent. Par exemple, un élève incapable de rédiger plus d’une dizaine de lignes « écrit des phrases plus longues et les enrichit avec plus de vocabulaire » depuis qu’il utilise le logiciel.

Recommandations
Mais, « on ne peut pas seulement recommander cet outil sans montrer au jeune comment l’utiliser », prévient Mme Stanké. Par exemple, la prédiction de mots est inutile si l’enfant choisit systématiquement le premier mot proposé, sans vérifier qu’il s’agit du bon mot.

Aussi, une utilisation quotidienne, à l’école comme à la maison, est de mise. L’élève devrait allumer son ordinateur dès son arrivée en classe et s’en servir aussitôt qu’il en ressent le besoin pour ne pas prendre du retard, indique-t-elle.

Une aide à l’écriture « n’est absolument pas une béquille, qui fait le travail à la place de l’élève », insiste Mme Stanké. L’élève doit quand même entamer un travail de réflexion pour choisir la bonne réponse. D’ailleurs, elle a observé que, lorsqu’il est permis d’utiliser WordQ, les élèves sans difficultés d’apprentissage ne l’utilisent pas; contrairement à ceux éprouvant certaines difficultés.

Les élèves utilisant WordQ au primaire s’en servent encore au secondaire, au cégep, etc. La progression n’est pas suffisante pour que l’élève délaisse l’outil. « Je n’ai pas encore vu d’élève qui peut le laisser tomber », note Mme Stanké.

Manque de formation
Par ailleurs, Mme Stanké déplore le manque criant de formation des enseignants qui « ne connaissent pas les problèmes d’apprentissage » ou ne savent pas comment adapter les outils à leur enseignement. « Il faut que l’enseignant puisse maîtriser l’outil, qu’il soit en mesure de comprendre la difficulté de l’élève et qu’il bénéficie d’un soutien de la part de l’école. »

Par Elsa Iskander

9 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,

    Une coquille semble s’être glissée dans votre article, par ailleurs intéressant. Madame Brigitte Stanké est orthophoniste, membre de l’Ordre des Orthophonistes et Audiologistes du Québec, et non orthopédagogue.

    Merci !

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