Leadership, reconnaissance et stratégies d’innovation : des clés pour valoriser la profession enseignante

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Suite de notre reportage sur le 5e Sommet international sur la profession enseignante, tenu les 29 et 30 mars derniers à Banff en Alberta.

(suite d’hier)

Le Sommet international sur la profession enseignante s’est officiellement ouvert suite à la bénédiction de M. Allan Pard, aîné autochtone et conseiller principal au ministère albertain des Relations avec les Autochtones. Pour amorcer les différentes séances du Sommet, M. Anthony Mackay, modérateur et président-directeur général du Centre d’éducation stratégique, a présenté les trois postulats suivants :

– de manière générale, tout le monde reconnaît qu’il faut redonner du pouvoir aux enseignants (empowerment);

– la problématique de l’école demeure, notamment pour les élèves qui s’embêtent : il faut rendre l’école plus attirante et plus stimulante pour les élèves en général;

– enfin, bien que les enquêtes internationales aient leurs limites, il faut en tenir compte pour mesurer l’évolution de nos systèmes d’éducation.

 

Développer et encourager un leadership efficace (1re séance du Sommet)

Lors de la première séance consacrée au leadership, les pays membres ont reconnu l’importance de créer un climat de collaboration et d’inclusion pour inciter les partenaires à s’inscrire dans une démarche d’innovation. Au-delà du partage d’une vision commune, nécessaire à tout déploiement de projet, il faut s’assurer que cette même vision ne se limite pas qu’aux convertis, mais qu’elle rejoigne le plus grand nombre d’acteurs du milieu de l’éducation.

Il faut le reconnaître, le leadership collaboratif est tout de même récent dans le domaine de l’éducation. Apprendre à travailler avec les syndicats, la communauté, les parents et les enseignants tout à la fois pourrait facilement devenir source de conflits, si cela ne fait pas partie de la culture ambiante. C’est ce qui amène certains pays ou régions, comme l’Écosse, à créer des ateliers de leadership, de les inclure dans des plans de développement professionnel, comme en Ontario, ou encore de revoir la formation des directeurs, comme au Japon.

Des initiatives encourageantes ont émané de ce panel, telles que le partage des pratiques exemplaires des collègues, la contribution d’experts et la création d’un cadre de leadership collaboratif pour les enseignants, notamment en Nouvelle-Zélande. Diverses formes de mentorat ont été présentées, soit pour accueillir les nouveaux enseignants dans la profession, mais aussi pour amener des changements de pratiques pour le personnel en place. De manière générale, il a été reconnu que l’intégration des TIC permettait d’accroître le développement professionnel des enseignants, mais aussi leur collaboration et leur sens du leadership. L’Ontario a même développé des camps d’été portant exclusivement sur le leadership.

 

Faire progresser la reconnaissance de la profession et renforcer le sentiment d’accomplissement des enseignant(e)s (2e séance du Sommet)

« Les données de l’Enquête internationale sur les enseignants, l’enseignement et l’apprentissage (TALIS) de l’OCDE indiquent que les systèmes d’éducation les plus fructueux sont ceux au sein desquels l’importance de la profession enseignante est largement reconnue par la société. Les données indiquent aussi que le sentiment d’efficacité du personnel enseignant pourrait être un facteur important de réussite des élèves. » (Sommet international sur la profession enseignante : Mettre en œuvre des politiques et des pratiques hautement efficaces en enseignement. Mars 2015. (Programme) p. 11.)

Dans une époque où les ressources financières se font rares, il est difficile d’améliorer socialement la reconnaissance du personnel enseignant par la rémunération. Éducation internationale se demande même si, dans un tel contexte, nous réussissons à attirer les véritables professionnels que le système d’éducation nécessite. Cet état de fait ne contribue en rien à contrer le cynisme ambiant ni à inscrire les enseignants dans une véritable collaboration, ajoute-t-elle.

L’OCDE reconnaît qu’il est impossible d’agir sur tous les fronts et qu’il est important d’établir des priorités pour dynamiser les systèmes d’éducation. Elle propose, à l’image de plusieurs pays, dont la Finlande, la Nouvelle-Zélande et la Suède, d’utiliser les données probantes de la recherche pour améliorer l’efficacité de nos écoles. Or, il est désolant de découvrir qu’une seule réforme sur dix, parmi toutes celles implantées, donne lieu à des études d’impact.

Ces études d’impact ont fait la démonstration au fil des ans de l’efficacité des modèles s’appuyant sur la collaboration des intervenants. À l’inverse, la rémunération appuyée sur la méritocratie mise de l’avant dans certains états américains n’a jamais trouvé d’écho dans ces études. Enfin, de manière générale, les pays qui ont des politiques de développement professionnel s’appuyant sur des référentiels clairs observent de plus en plus d’effets positifs tant auprès des enseignants que de la population, qui reconnaît le rôle crucial de l’éducation pour le développement de la société.

 

Encourager l’innovation dans les classes (3e séance du Sommet)

Ce ne sont pas tous les pays qui, comme la Suède, ont une tradition d’innovation. Depuis longtemps, ce pays nordique partage une attitude d’ouverture quant à la réflexion libre, l’esprit critique et l’échec comme faisant partie de la démarche d’apprentissage. Maintenant, les écoles secondaires suédoises valorisent de plus en plus les approches entrepreneuriales pour encourager les initiatives. De même, les arts et la créativité font partie du cursus des élèves, afin de stimuler les deux sphères du cerveau et ainsi dynamiser la création et l’innovation.

Pour valoriser les initiatives gagnantes, Singapour a développé un fonds de l’innovation basé sur la logique des cercles de qualité. Par exemple, des prix de l’innovation sont remis pour des projets locaux qui seraient transférables dans d’autres établissements du pays. De forts investissements ont été faits dans les compétences du 21e siècle telles que la créativité, le partage et la collaboration. Des applications mobiles ont été développées pour réduire des tâches administratives des enseignants et ainsi libérer du temps.

La Chine encourage le partage des réussites entre pairs, mais aussi avec des collègues d’autres matières. Elle souscrit aux compétences du 21e siècle, supporte grandement le développement des compétences liées aux technologies numériques et promeut les travaux de laboratoire tant pour les élèves que pour les enseignants. Pour sa part, la Nouvelle-Zélande vient d’investir 10 millions de dollars sur trois ans dans un fonds d’innovation et le Royaume-Uni arrime tout son système d’éducation aux réussites du London Challenge pour innover sur le plan national.

Cependant, plusieurs pays avouent leurs difficultés à faire preuve d’innovation pour différentes raisons, allant de la définition de la profession enseignante et de son rôle social en passant par les relations de travail, jusqu’aux mentalités nationales à réinventer, voire la méconnaissance des défis à relever pour certains acteurs. L’OCDE reconnaît elle-même qu’il est difficile d’innover avec les modèles d’écoles tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Finalement, il ressort de cette séance que les stratégies d’innovation trouvent leurs meilleures réalisations quand il y a un fort leadership et lorsque les enseignants sont partie prenante des orientations avec les directions et les responsables du ministère, que les rôles dans le déploiement des stratégies sont clairement définis, que l’autonomie et le leadership des enseignants peuvent s’exercer et que les temps de partage et de formation font partie de ces stratégies.

 

Quelles sont les prochaines étapes? (Séance de clôture)

Lors de cette séance de clôture, les porte-parole de chacun des pays présents ont été invités à émettre trois orientations sur lesquelles il faudrait s’attarder en vue du prochain Sommet international de Berlin 2016. Il appert que les défis sont multiples pour cette école du 21e siècle qui tarde à s’implanter, comme plusieurs d’entre nous le souhaitent.

Force est de constater que les grands thèmes sur lesquels les pays membres veulent faire porter leurs efforts sont variés. Parmi eux figurent :

– le développement professionnel (formation initiale, continue, tout au long de la vie, lieux d’apprentissage…)

– la gestion collaborative et le leadership (partage des responsabilités, observation des pairs, partage de pratiques…)

– l’intégration des technologies numériques et de la recherche à l’école (création de communautés d’apprentissage, travailleur avec des données probantes et des chercheurs sur le terrain, intégrer les enseignants à la recherche…)

– l’accès équitable en matière d’éducation (enseignement national, à distance, en région…)

– le développement des compétences du 21e siècle (collaboration, créativité, communication…)

l’ouverture sur la communauté (entreprises, collectivité, parents…)

– le rehaussement des curriculum (enseignement de base renforcé, compétences transversales, créativité…)

– la reconnaissance de la profession enseignante (valorisation, reconnaissance sociale, attitude innovante, sentiment de confiance, candidat de haut niveau…)

 

Finalement…

Rares sont les pays qui n’ont pas connu de réformes de leur système d’éducation dans les dernières années. Ces réformes poursuivaient toutes les mêmes objectifs, soit d’améliorer la qualité des apprentissages des élèves et de hausser les taux de diplomation.

Les enquêtes internationales, comme TALIS ou PISA, bien qu’elles comportent leurs limites, mettent en lumière les forces et les faiblesses de nos systèmes d’éducation respectifs. Le chemin à parcourir n’est pas le même pour tous, mais le défi de l’adaptation est le même, peu importe le pays.

Le leadership doit être redonné aux enseignants et les élèves doivent avoir le goût d’être à l’école.

Dans ce contexte, la conclusion d’Andreas Schleicher de l’OCDE prend toute sa valeur. « Il faut rendre l’éducation intéressante comme si nous vendions un produit de luxe ».