Utiliser une vidéo sur Youtube

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Émilie est en 6e année du primaire et doit faire une recherche à propos d’un animal originaire d’un autre pays. Comme première étape, son enseignante lui a demandé de choisir un animal. En fouillant sur Youtube et en questionnant ses amis, elle découvre une vidéo qui présente un documentaire à l’allure scientifique sur un animal européen peu connu : le dahu. Au premier coup d’oeil, cette vidéo peut sembler authentique en raison de sa présentation sous forme de documentaire. L’utilisation de termes scientifiques, la présentation de l’animal dans son habitat naturel et l’interview d’un spécialiste du dahu sont des éléments qui semblent suggérer un fond de vérité. Il est tout de même important de se questionner sur la crédibilité de l’information présentée dans ce documentaire. Voici, à titre d’exemple, ce qu’Émilie aurait pu remarquer.

Pourquoi?

Émilie a décidé de chercher sur le Web parce que c’est très rapide. Les moteurs de recherche disponibles lui permettent de cibler une région ou un type de contenu, donc d’exclure le Canada de ses recherches. Comme elle a accès à Internet à la maison, elle n’a pas à se déplacer. Elle sait ensuite qu’elle trouvera de l’information textuelle, mais aussi des photographies ou des vidéos.

Qui?

Les premières secondes de la vidéo présentent très rapidement « Supinfocom, Valenciennes ». Ce n’est pas un organisme, une institution ou une association connue, et il n’y a aucune façon de les rejoindre. Sur le Web, on dit qu’il s’agit d’une école d’infographie : « École SUPérieure d’INFOrmatique de COMmunication» située dans la ville de Valenciennes. Sur le site de l’école, on ne présente aucune trace de la vidéo.

Dans la vidéo, on présente Hartmutt Ziedler comme “l’éminent spécialiste du dahu”. On ne dit rien sur sa formation ou sur la façon de le joindre. Il n’a qu’un compte Facebook. Les autres liens répertoriés mènent tous à la vidéo. On mentionne aussi que l’Union européenne protège cet animal, mais il n’y a ni logo ni lien pour joindre les responsables. Et sur le site de l’Union européenne, aucune information sur la protection du dahu.

Dans le générique final, on présente les réalisateurs de la vidéo : Thibeault Berard, Vincent Gautier et Frederique Gyuran. Mais aucune information sur eux ni aucun lien pour les joindre. Ils font des remerciements plus ou moins sérieux (papa, maman, Garfield…).

Jusqu’à présent, la simple question « qui » nous fait énormément douter de l’information présentée dans cette vidéo. Personne n’assume la responsabilité du contenu, on ne présente aucune information sur les auteurs et il est impossible de les joindre. On ne peut donc pas vérifier si les auteurs sont une source d’informations crédible.

Quoi?

L’information présentée donne un bon aperçu du dahu. Le langage utilisé est clair et relève parfois du domaine scientifique. Les auteurs ne semblent pas avoir été guidés par leurs sentiments ou leurs opinions. Il s’agit d’une présentation de faits qui expliquent par exemple l’origine, l’habitat, le mode de reproduction, etc.

La vidéo a été produite dans une langue étrangère, d’abord traduite en anglais, puis retraduite en français. Aucun lien ne mène vers d’autres sites afin de compléter l’information. De plus, l’information présentée ne concorde pas avec d’autres sources d’informations trouvées sur le Web. Dans un dictionnaire en ligne ou sur Wikipédia, on découvre que le dahu est un animal imaginaire. Il est impossible de corroborer l’information présentée dans la vidéo à l’aide d’une ressource extérieure. La fiabilité de l’information est donc fortement mise à l’épreuve.

Par ailleurs, l’information présentée revêt parfois un caractère complètement ridicule. Par exemple : « Pour chasser le dahu, mettez-lui du poivre sur la queue, il se retournera et tombera de la montagne. » Nous n’avons pas besoin d’être un expert en faune terrestre pour comprendre qu’il s’agit d’informations farfelues.

Comment?

À l’écoute de la vidéo, on constate que l’information est présentée sous forme de reportage scientifique. Le sujet est amené de façon progressive et il y a une cohérence entre les idées. L’information est organisée, elle semble complète et simple à comprendre. Ces éléments sont positifs.

Par contre, aucun « copyright » ne protège l’information présentée et il n’y a aucune indication sur les possibilités de réutiliser l’information. On ne trouve aucun lien pour la recherche d’informations complémentaires. Parfois, la définition graphique de la vidéo porte aussi à croire qu’il s’agit d’un montage d’animation. L’image de l’animal semble avoir été collée sur le paysage.

Quand?

Aucune date n’est indiquée dans le documentaire, mais l’information sur la page de Youtube présentant la vidéo indique qu’elle a été mise en ligne le 30 octobre 2007. Il est cependant impossible de savoir si la vidéo était plus âgée.

Où?

La vidéo est présentée sur Youtube et est classée dans la catégorie “humour”. On ne retrouve aucune information sur la personne ayant publié la vidéo. D’autres utilisateurs de Youtube ont aussi mis cette vidéo en ligne.

Quelles conclusions Émilie devrait-elle tirer?

Dans l’ensemble, plusieurs aspects entachent la crédibilité de cette vidéo. Les auteurs et le spécialiste sont d’abord difficiles à identifier et à joindre. L’information présentée est ensuite contredite par d’autres sites Web et la date de réalisation de la vidéo est inconnue. Les faits que la vidéo soit classée dans la catégorie “humour” et que les propos soient parfois farfelus devraient aussi la faire douter. La somme de ces éléments devrait pousser Émilie à choisir un autre animal pour son travail scolaire.

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