Une expérimentation pédagogique avec Twitter

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France – Laurence Juin, une enseignante de lettres, histoire-géographie et ECJS, expérimente depuis la rentrée scolaire 2009 l’utilisation de Twitter avec une classe de terminale Bac Pro en commerce. Sur son blog, elle explique la genèse et le déroulement de cette expérimentation qui a suscité beaucoup de curiosité et d’enthousiasme dans son lycée.

Les utilisations pédagogiques de Twitter sont encore rares. On trouve sur Internet des idées d’utilisation avec des élèves, mais peu ont été mises en pratique. C’est justement en consultant des usages possibles dans l’enseignement que Laurence Juin, enseignante de lettres, histoire-géographie et ECJS au lycée professionnel Pierre Doriole à La Rochelle, a imaginé le cadre de son expérimentation qu’elle voulait mettre en place cette année avec une classe de terminale.

Rappelons que Twitter est un service gratuit de « microblogging » dont le principe est de diffuser des messages contenant maximum 140 caractères à un réseau d’abonnés (followers). L’an dernier déjà, elle communiquait de temps en temps avec ses élèves sur Facebook. C’est d’ailleurs par ce biais qu’elle a lancé dès l’été l’idée d’utiliser Twitter à la rentrée. Les élèves ont pu ainsi commencer à s’intéresser à ce qu’était Twitter, à quoi cela servait, etc.

Utiliser Twitter comme une extension au cours

Peu à peu, elle a conçu l’utilisation qu’elle en ferait avec ses élèves : « En aval de mon cours, je souhaite utiliser Twitter comme une extension, un complément aux échanges que nous avons eus sur ces heures de classe qui sont souvent trop restreintes pour aborder tout ce que nous aimerions aborder. (…) Je le vois plus comme des pistes complémentaires aux échanges que nous pouvons avoir: la classe est très réactive et avide de culture, de clefs de compréhension de l’actualité, du monde qui les entoure. La séance que je prévois d’aborder « déborde » souvent sur des questions plus larges, annexes au cours proprement dit. Littérature, actualité, musique, géographie, théâtre, cinéma… » écrivait-elle peu avant la rentrée des classes sur son blog tenu assidûment et permettant de suivre de près l’expérimentation.

L’utilisation de Twitter correspond donc à ce qu’elle souhaite faire avec ses élèves. Facebook, par exemple, ne pouvait pas convenir, même si elle souligne les échanges qu’il permet aussi : « Facebook a permis une fenêtre supplémentaire d’échanges mais Facebook mélange vie personnelle et « professionnelle ». C’est pourquoi je me suis tournée vers Twitter. Pour une application propre à la classe. », explique-t-elle sur son blog.

La forme de Twitter, un peu contraignante avec ses 140 caractères, est aussi un atout selon elle : « L’information est rapide, doit être claire, concise et complète. Une réflexion sur le texte à écrire est nécessaire. L’information frustre mais renvoie à des liens plus complets. Twitter est un lien vers une information plus complète: les élèves seront ainsi poussés à s’ouvrir sur des sites qu’ils ne consulteraient pas sans ça ».

Une expérimentation qui suscite de l’intérêt

Au lycée, Laurence Juin est soutenue par le proviseur dans cette expérimentation et plusieurs de ses collègues se sont intéressés à cet outil et sont demandeurs en formation. L’enseignante d’anglais a sauté le pas rapidement en s’inscrivant sur Twitter et en rejoignant l’expérimentation. Twitter n’existait pas encore en français en septembre 2009 : un cours sur les termes anglais de Twitter était donc très utile pour aider les élèves à s’y retrouver.

Pour utiliser Twitter, Mme Juin a créé le réseau laderniereannee via lequel les élèves et les enseignants peuvent communiquer.

Quelques règles s’imposent

Le début de l’année a commencé par une présentation de Twitter et de son fonctionnement. Cela a été l’occasion également de fixer quelques règles d’utilisation : « pas de phonétique. Les abréviations sont autorisées. (…) Sans fixer des règles trop strictes, je ne veux pas qu’il devienne un réseau de discussions entre eux sans aucun rapport avec les cours ou la vie scolaire (ils ont déjà Facebook, msn et sms pour ça). Les DM (Direct Messages ou Messages Privés, ndlr) sont bien sûr autorisés et leur permettent de dialoguer d’une façon plus privée », indique-t-elle sur son blog.

Une autre règle a aussi été imposée, cette fois par le proviseur : les élèves ne doivent pas utiliser Twitter en autonomie lorsqu’ils sont au CDI ou en salle de permanence. « J’ accepte cette contrainte, je la comprends même si elle nuit à mon expérience : certains de mes élèves n’ont accès à Internet hors classe que sur ces lieux. C’est les pénaliser alors qu’ils n’ont fait aucune faute. Mais ce sera pour moi l’occasion de leur expliquer que l’intérêt communautaire passe toujours avant l’intérêt personnel », précise-t-elle.

Un agrégateur de savoirs

Twitter est principalement utilisé en dehors de la classe, mais Mme Juin a fait aussi plusieurs séances en utilisant cet outil en classe. Elle a, par exemple, demandé aux élèves de rédiger une fiche méthodologique sur la compétence d’écriture à partir d’un sujet du bac. Chaque point rédigé devait être mis sur Twitter afin de mettre en commun les réponses des élèves. L’enseignante relançait les élèves et commentait. Les élèves aussi réagissaient sur les réponses des autres. Cette première expérience a permis d’évaluer l’utilisation de Twitter et d’en faire quelques ajustements.

L’un des objectifs est de créer des échanges et d’ouvrir les élèves culturellement. Mme Juin définit d’ailleurs Twitter comme un « agrégateur de savoirs et d’ouverture culturelle ». Twitter a permis de créer un lien fort entre les élèves et les enseignants. Ainsi, en période de stages, les élèves gardent le lien entre eux et communiquent avec leurs enseignants sur les rapports de stage ou encore les choix d’orientation post-bac.

Lors du salon Intertice du 10 au 12 mai 2010 au CNIT de la Défense et de l’Éducamp2010 à Wattrelos (59), Laurence Juin aura l’occasion de présenter lors d’ateliers son expérimentation en cours avec Twitter.

À consulter :
Le blog de Laurence Juin sur l’expérimentation avec Twitter

Par Lucile Donnat